Monsieur le Ministre, le travail est malade – quelques propositions pour le revaloriser

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Suite à l’article « et si le travail rendait malade? » Voici quelques propostions

Lorsque j’entends les débats sur les malades de longue durée, j’ai le sentiment que nous regardons les conséquences sans vouloir regarder les causes ou qu’on oublie de parler du principal, l’emploi et le pouvoir d’achat.

On parle de contrôle.

On parle de retour au travail.

On parle d’économies budgétaires.

On parle de responsabilisation.

Mais parle-t-on suffisamment du coût de la vie ?

Parle-t-on suffisamment du logement ?

Parle-t-on suffisamment du pouvoir d’achat réel des travailleurs ?

Parle-t-on suffisamment de la pression administrative qui pèse sur les salariés, les indépendants et les employeurs ?

Parle-t-on suffisamment de l’écart devenu parfois absurde entre ce qu’un citoyen gagne en travaillant et ce qu’il doit dépenser pour vivre ?

Je ne nie pas l’existence d’abus.

Je ne nie pas la nécessité de maîtriser les dépenses publiques.

Mais je crois profondément qu’une partie importante du problème est ailleurs.

Avant de demander pourquoi certains ne peuvent plus travailler, il faudrait peut-être se demander pourquoi tant de personnes qui travaillent vivent sous une pression permanente.

Parce qu’au fond, le travail consiste à résoudre des problèmes – et ce n’est pas rien – mais c’est aussi pour cela que le travail est gratifiant.

La vraie question est donc simple :

Les efforts demandés aux citoyens sont-ils encore récompensés à hauteur du coût réel de la vie, du risque et des efforts ?

À mes yeux, la réponse est de plus en plus souvent non.

📋 Les sujets que nous devons enfin oser aborder

  1. Le pouvoir d’achat réel des travailleurs.
  2. L’écart entre salaire net et coût réel de la vie.
  3. Le coût excessif de nombreuses prestations du quotidien.
  4. La simplification administrative.
  5. Les indépendants et la création d’entreprise.
  6. La création d’emplois.
  7. La fraude et ses causes profondes.
  8. L’accès à une alimentation de qualité.
  9. L’accès à la culture et au sport.
  10. Le logement et la transmission du patrimoine.
  11. Le vieillissement de la population.

💶 1. Quand travailler ne permet plus de vivre sereinement

Pour une part importante de la population, le travail permet encore de payer les factures du mois.

Mais il ne permet plus d’épargner.

Il ne permet plus de préparer l’avenir.

Il ne permet plus d’absorber sereinement un imprévu.

  • Une réparation automobile ;
  • une panne de chaudière ;
  • une dépense médicale ;
  • un appareil électroménager à remplacer ;
  • un déménagement.

Tout devient source de stress.

Comment s’étonner ensuite de la montée de l’anxiété, de l’épuisement ou du burn-out ?

Nous avons progressivement créé une société où beaucoup de citoyens travaillent davantage tout en ayant le sentiment de ne jamais avancer.

🚲 2. Quand le travail ne paie plus le travail

Je vais prendre un exemple vécu.

J’ai récemment fait entretenir mon vélo: Facture : près de 200 euros.

Je ne critique absolument pas le professionnel. Son travail est utile. Son prix est probablement justifié.

Mais regardons ce que représentent réellement ces 200 euros.

Pour disposer de 200 euros nets, il faut  avoir gagné l’équivalent de près de 400 euros brut avant prélèvements.

Autrement dit, 3 heures de travail du réparateur représentent pour son client plus 16 heures de travail (2 jours de travail pour un employé au tarif horaire « moyen » –  1/2 jour pour un ministre 🙂

Est-ce normal ?

Et c’est la même chose pour de très nombreuses prestations du quotidien :

  • entretien ;
  • réparation ;
  • plomberie ;
  • électricité ;
  • chauffage ;
  • jardinage ;
  • rénovation.

Nous avons créé un système où plusieurs heures de travail d’un citoyen ne suffisent plus à payer quelques heures de travail d’un autre citoyen.

C’est une absurdité économique.

Et nous nous étonnons ensuite que certains cherchent à contourner les règles.

Je ne justifie pas ces comportements.

Je constate simplement qu’un système devenu trop lourd finit par produire les comportements qu’il prétend combattre.

🚀 3. Libérer l’initiative plutôt que l’étouffer

La situation des indépendants mérite une attention particulière.

  • Cotisations sociales ;
  • obligations administratives ;
  • frais comptables ;
  • acomptes fiscaux ;
  • démarches réglementaires.

Une partie considérable de leur temps est absorbée par des tâches qui ne créent aucune valeur économique directe.

Nous devrions permettre aux entrepreneurs de consacrer davantage d’énergie à leur métier et moins à la bureaucratie.

👷 4. Faciliter réellement la création d’emplois

Les aides au premier emploi ont démontré leur utilité.

Mais pourquoi s’arrêter au premier emploi ?

Chaque nouvel emploi créé devrait être encouragé.

Chaque embauche devrait être plus simple.

Chaque employeur devrait pouvoir consacrer son énergie au développement de son activité plutôt qu’à une complexité administrative croissante.

La fiscalité sur le travail pénalisé notre économie

⚖️ 5. La fraude : regarder aussi les causes

La fraude doit être sanctionnée.

Mais il faut aussi avoir le courage de s’interroger sur les mécanismes qui la favorisent.

Lorsque l’écart devient trop important entre le coût réel d’une prestation et le revenu effectivement perçu par ceux qui travaillent, certains cherchent des raccourcis.

Le contrôle est nécessaire.

La simplification l’est tout autant.

Une société saine est une société où le respect des règles est plus simple que leur contournement.

🥗 6. Alimentation, santé et pouvoir d’achat

Le pouvoir d’achat ne détermine pas uniquement ce que l’on consomme.

Il influence aussi notre santé.

Lorsque les revenus deviennent insuffisants, les ménages se tournent souvent vers les produits les moins chers.

Or les produits les moins chers ne sont pas toujours les meilleurs pour la santé.

La prévention ne passe pas uniquement par les soins de santé.

Elle passe aussi par la possibilité de bien se nourrir.

🎭 7. La culture et le sport ne sont pas des luxes

Essayez aujourd’hui d’emmener une famille au cinéma.

Ajoutez le transport.

Ajoutez éventuellement un repas.

Pour beaucoup de ménages, cette sortie devient exceptionnelle.

Petit à petit, la culture devient un produit réservé à ceux qui disposent encore d’une marge financière.

Et lorsque la culture disparaît, elle est souvent remplacée par des loisirs passifs — télévision, réseaux sociaux, jeux vidéo ou consommation de contenus en continu — parfois moins enrichissants et parfois associés à davantage d’isolement.

Le sport est lui aussi concerné.

Inscription dans un club, équipement, déplacements, stages ou compétitions : pratiquer une activité sportive représente un coût de plus en plus important pour de nombreuses familles.

Pourtant, culture et sport constituent probablement deux des meilleurs investissements possibles en matière de santé physique et mentale.

🏠 8. Le logement : la question que nous refusons de regarder en face

Pendant longtemps, travailler permettait d’accéder à la propriété.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes ménages voient cet objectif s’éloigner.

Nous sommes arrivés à une situation où des parents peuvent vendre leur maison à un prix que leurs propres enfants ne seraient parfois plus capables de payer avec leurs seuls revenus, même proches du revenu moyen.

Cette réalité révèle un décrochage profond entre la valeur du patrimoine immobilier et la progression des revenus du travail.

Le système repose de plus en plus sur un endettement croissant des nouveaux entrants.

Chaque génération doit emprunter davantage que la précédente. Chaque génération doit consacrer davantage de revenus à son logement. Cette mécanique ne peut pas croître indéfiniment.

Elle présente certaines caractéristiques qui peuvent faire penser à des mécanismes reposant sur l’arrivée permanente de nouveaux acquéreurs capables de s’endetter davantage que les précédents. (Je ne prétends pas que le marché immobilier constitue une pyramide de Ponzi au sens juridique du terme – mais on y est presque !)

Mais il devient légitime de s’interroger lorsque la hausse continue des prix repose de plus en plus sur une capacité d’endettement toujours plus importante des générations suivantes.

Nous devons avoir le courage de rouvrir plusieurs débats :

  • la fiscalité des revenus locatifs ;
  • la fiscalité des plus-values immobilières ;
  • les plus-values de promotion immobilière ;
  • la spéculation foncière ;
  • le développement du logement public accessible ;
  • la transmission du patrimoine entre générations.

👵 9. Le grand oublié : le vieillissement de la population

Nous allons devoir financer davantage de pensions.

Davantage de soins de santé.

Davantage d’aides à domicile.

Davantage d’adaptations du logement.

Davantage d’accompagnement de la dépendance.

Si nous ne rétablissons pas dès aujourd’hui un meilleur équilibre entre le travail, le pouvoir d’achat et le coût de la vie, les tensions économiques et sociales ne pourront que s’aggraver.

📢 Conclusion

Monsieur le Ministre, si nous voulons réellement réduire le nombre de malades de longue durée, nous devons avoir le courage de regarder l’ensemble du système.

Le travail. Le logement. La fiscalité. La culture. Le sport. L’alimentation. L’emploi. Le vieillissement.

Parce que ce n’est pas uniquement le travail qui rend malade.

C’est parfois l’écart devenu trop grand entre le travail et ce qu’il permet encore d’obtenir.

Et tant que nous ne traiterons pas cette question de fond, nous continuerons à soigner les symptômes sans nous attaquer aux causes.

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